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NEW TIMES, NEW SUEZ

Nous sommes à l’aube… d’un autre futur possible

24 avril 2016
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Obsolescence du monde actuel, mutations, rapport au temps…

Le 29 mars dernier, Jean-Louis Chaussade, Directeur Général de SUEZ, et Mathieu Baudin, fondateur et Directeur de l’Institut des Futurs souhaitables, ont partagé visions et points de vue sur les perspectives de la révolution de la ressource.

Cet échange entre un prospectiviste et le dirigeant d’un leader mondial de la gestion de la ressource a permis d’établir un constat : combiner les exigences du temps court et la nécessité d’une vision à long terme est sans doute l’un des enjeux majeurs auxquels nos sociétés sont actuellement confrontées.

Et pour relever ce défi, il importe de savoir identifier, valoriser et porter les idées et les solutions déjà à l’oeuvre qui préfigurent le monde de demain.

Certains parlent de l’obsolescence du monde actuel, de la nécessité d’un changement de paradigme. Sommes-nous selon vous dans un scénario de rupture ou de transition ?

Jean-Louis Chaussade – Le monde dans lequel nous vivons est le théâtre d’évolutions profondes. Mais je ne crois pas à des évolutions simplement disruptives, les populations n’accepteraient pas des changements brutaux. Il faut donner un minimum de temps au temps sans quoi nous risquons de provoquer des résistances à ces indispensables évolutions. Prenons l’exemple du climat. Faut-il prendre des décisions radicales pour limiter les émissions de GES quitte à pénaliser la croissance, l’emploi, la compétitivité de certains pays ou de certains secteurs économiques ? Poser la question en ces termes ferait courir le risque d’une hostilité immédiate, alors que proposer une trajectoire de transition, sur dix ou vingt ans, permet d’accompagner le changement des mentalités mais aussi de développer et viabiliser les technologies utiles à cette transition. Mais cela ne doit pas être synonyme d’immobilisme car si nous ne nous prenons pas dès maintenant les bonnes orientations il sera trop tard et les dégâts humains, environnementaux et économiques seront irréversibles.

Mathieu Baudin – Tous les tumultes qui occupent notre actualité ne sont pas pour moi le signe d’une tempête qui passe mais bien d’un changement de civilisation qui s’installe. Un monde ancien se meurt, un autre tarde à apparaître, nous sommes dans cet entre deux temps.

Sur ce sujet du climat, quel regard portez-vous sur les décisions contenues dans l’accord de Paris, présenté comme historique ?

MB – Quelqu’un a parfaitement résumé le sujet en déclarant que cet accord est à la fois “bien meilleur que ce que l’on attendait et pire que ce que l’on espérait”.

Nous avons tous salué l’énergie finale qui a permis de transcender chacune des 196 “individualités“(1) présentes lors des négociations pour converger vers des positions communes et partagées. Cela étant la COP21, comme les précédentes, a souffert d’un problème de “design” : organiser une négociation dont les parties prenantes ont des préoccupations nationales pour évoquer des enjeux qui ne connaissent pas de frontière conduit inéluctablement à une impasse. Et l’énergie collective suscitée à Paris peut parfaitement s’estomper si cette volonté nationale, cet égoïsme en quelque sorte, reprend le dessus.

La volonté politique est la clé et tout l’enjeu est là : est-ce que l’on est capable de transcender les choses dans chacun de nos pays pour espérer faire bouger les choses collectivement ?

(1) : 195 pays auxquels s’ajoute l’Union européenne.

JLC – Sur la COP21, j’ai une vision optimiste mais néanmoins mesurée. C’est une grande avancée et c’est surtout une grande victoire de la diplomatie française. Nous sommes allés beaucoup plus loin que quiconque aurait pu l’imaginer.

L’élément décisif a été que 188 participants aient remis leurs contributions, car nous avons pu ainsi faire la somme de tous les engagements et constater que cette somme ne permettrait pas d’atteindre les objectifs fixés en 2009 à Copenhague : 2 degrés maximum d’augmentation des températures à l’horizon 2010 et 100 milliards par an de fonds destinés aux transferts de technologies vers les pays les plus pauvres. Objectiver cette réalité a permis de créer une prise de conscience qui a rendu l’accord possible.

Un autre aspect m’est apparu intéressant : pour la première fois, les parties prenantes ont été représentées. Les entreprises, les ONG, les villes ont démontré qu’elles comptent jouer un rôle décisif en faveur du climat.

Sur les perspectives, deux sujets ont été évoqués et méritent d’être approfondis : le prix du carbone et la question de l’eau. L’instauration d’un prix carbone est incontournable. Des réticences demeurent et la question du coût des externalités par le consommateur final soulève des interrogations légitimes. Mais les initiatives prises par la Chine ou l’Inde sont encourageantes. Concernant l’eau, environ les deux tiers des contributions des pays évoquaient cet enjeu, soit par crainte d’être submergés par les hausses du niveau de la mer soit au contraire pour évoquer les difficultés d’accès à cette ressource. La question de l’eau va donc être au cœur des prochaines échéances, à commencer par la COP22 au Maroc.

De manière plus globale, dans un monde à 9,6 milliards d’habitants en 2050, avec notamment des hausses de l’ordre de 50% des besoins en alimentation, nous devons repenser notre rapport aux ressources et à nos modèles économiques. Si le XXème siècle reposait sur une économie linéaire, le XXIème sera circulaire et collaboratif par nature.

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Mathieu Baudin, quel regard portez-vous sur l’état des ressources dans le monde ?

MB – Les scientifiques avec lesquels nous collaborons nous disent tous la même chose : nous sommes sur le point d’atteindre les seuils critiques qui ne nous offriront pas d’autre choix que d’être résilients.

Cette vision partagée indique que la question de l’avenir des ressources n’est pas une question de militantisme ni de croyance, mais de réactivité par rapport à une nouvelle réalité. Ces seuils critiques, prévus entre 2030 et 2045, ont une incidence forte sur notre manière de penser car cette échéance remet dans le temps de nos vies les conséquences de nos actions autant que de nos inactions.

Face à cela, on peut ressentir un sentiment de panique ou au contraire considérer que c’est l’occasion unique de tout réinventer. En tant qu’historien je partage ce point de vue. Il y a peu de périodes dans l’histoire de l’humanité où l’être humain a pu observer en direct un tel changement de civilisation s’accomplir. Pour moi, le dernier en date est peut-être la Renaissance, sauf que les contemporains n’ont réalisé les bouleversements qu’a posteriori. Ils vivaient ces métamorphoses dans le registre de l’intuition individuelle plus que de la collaboration coordonnée. Aujourd’hui nous sommes tous liés les uns avec les autres, nous pouvons donc participer de cette “renaissance” en conscience.

L’économie des XIXème et XXème siècles carbonée, linéaire, physique et chimique, va devoir laisser la place à une économie circulaire, de nature plus biologique, constituée de rhizomes et favorisant la biodiversité culturelle. C’est un changement de paradigme incroyable. Un monde est en train de s’éteindre alors qu’un autre apparaît. Je considère que face à ces bouleversements, il faut se concentrer sur l’exploration de terres nouvelles, sur la construction d’un avenir commun positif.

“Nous ne sommes plus des distributeurs d’eau ou des collecteurs de déchets, mais des gestionnaires de la ressource.” – Jean-Louis Chaussade

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JLC – Pour se projeter dans cet avenir commun positif, il faut absolument déconnecter la croissance économique de l’augmentation de la consommation de matières premières. Nous ne pourrons pas ajuster les volumes consommés de matières premières au niveau de la croissance économique. Et l’économie circulaire répond au moins partiellement à ce sujet.

Il nous faut passer à une économie du partage qui suppose de consommer moins de matières premières. Les solutions de covoiturage consistent à augmenter le taux d’occupation des véhicules quand ils circulent. Au bout du raisonnement si l’on optimise par deux ou trois l’usage d’un véhicule on divise d’autant les véhicules en construction et en circulation. Par conséquent l’économie du partage se traduit forcément par une économie de la matière.

D’autre part, nous devons nous interroger sur la matière que l’on consomme. La production annuelle de déchets ménagers et industriels dans le monde s’élève à 4 milliards de tonnes par an et ce chiffre augmente année après année. Le plastique en Europe représente 60 millions de tonnes de déchets. Or, le plastique reste très peu recyclé aujourd’hui, il génère des gaz à effet de serre pour sa production, et termine trop souvent sa vie dans les mers. Si bien que sans action forte, il y aura en 2050 autant de plastique dans l’océan que de poissons. Il est donc essentiel de produire et de consommer différemment, et de basculer dans un modèle où la valorisation des déchets permet de mettre à disposition une matière première secondaire.

Seule une économie circulaire maitrisée, collaborative et de fonctionnalité peut nous permettre de combiner à la fois croissance économique et protection de la planète.

J’oriente d’ailleurs l’entreprise que je dirige vers ces nouveaux métiers. Nous ne sommes plus des distributeurs d’eau ou des collecteurs de déchets mais des gestionnaires de la ressource. Nous distribuons de l’eau de bonne qualité mais nous protégeons aussi la ressource en eau, proposons des solutions pour l’économiser, pour produire des ressources alternatives. Cela peut se résumer à “faire mieux avec moins”.

Si nous ne sommes pas assez attentifs au sujet de l’eau, les contradictions entre les besoins pour l’agriculture, l’industrie, l’alimentation humaine risquent de générer des points de rupture. Huit mois dans l’année, l’Inde consomme plus d’eau qu’elle n’est capable de reconstituer ses ressources souterraines. Les nappes baissent, la population augmente, et ces deux mouvements combinés posent dès à présent la question de notre capacité à alimenter en eau et en nourriture les populations.

La discussion dans les années qui viennent doit porter non pas sur le point d’arrivée mais sur les chemins que nous prenons pour y parvenir. Les acteurs politiques ont là un vrai sujet à prendre en main. Car les entreprises sont capables de prendre des orientations structurelles à condition que les règles du jeu soient précises.

“Face aux bouleversements que nous connaissons, il faut se concentrer sur l’exploration de terres nouvelles, sur la construction d’un avenir commun positif.” – Mathieu Baudin

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Ces enjeux impliquent de concilier des urgences quotidiennes mais également des perspectives à moyen et long termes. Existe-t-il des outils qui permettraient d’anticiper l’avenir ?

MB – Pour vous répondre, je citerai Maurice Blondel, lequel disait déjà dans les années 50 que l’avenir ne se prévoit pas mais bien qu’il se prépare. Demain est profondément ce qu’on nous en ferons, tous les outils et toutes les méthodes que nous pouvons développer ne sont là que pour renforcer l’impérieuse nécessité d’agir en conscience.

Je suis d’une génération qui n’a connu que la crise, un enfant des “trente rugueuses” en somme. Nous comprenons que nous devons créer notre propre monde ici et maintenant car nous sentons depuis le début que cela va être compliqué pour nous. La bonne nouvelle est que ce nouveau monde est déjà là. La question est de savoir comment passer à l’échelle suivante. Dans la nature, nous assistons à des évolutions plutôt qu’à des révolutions. Dans la forêt, des arbres meurent et d’autres leur succèdent. Il y a un entre-deux durant lequel la “ressource” qui nourrit ces arbres choisit de privilégier les jeunes pousses plutôt que de chercher à tout prix à maintenir artificiellement en vie la forêt ancienne qui se meurt. De la même manière des pans entiers de notre économie vont mourir. Il faut l’accepter et réorienter l’énergie vitale vers le jardin qui nait. C’est une action que les entreprises et surtout la puissance publique devraient faire.

De nombreuses initiatives témoignent de ces nouvelles dynamiques, portées par ceux que nous nommons les conspirateurs positifs : des femmes et des hommes experts dans leurs domaines qui s’attèlent à bâtir de nouveaux modèles.

Je qualifierais aussi de conspirateurs positifs ces villes en transition qui jouent pleinement le jeu de la société post-carbone. Lors de la COP21, avec le Sommet des Elus Locaux pour le Climat, ils ont affiché leur volonté d’exercer une “pression positive” sur les négociations. Ces villes ont clairement un temps d’avance par rapport à leurs propres Etats. Leur périmètre d’intervention leur permet de cerner la destinée des protagonistes qui la composent. Force est de constater que si l’échelon national a eu son rôle et son importance dans l’histoire, il semble aujourd’hui dépassé autant par le haut avec la nécessité d’une gouvernance mondiale que par le bas avec la réappropriation de l’intérêt général au niveau local. A ce titre, puisque vous parliez de l’eau comme enjeu majeur à venir, j’ai lu récemment une étude démontrant qu’une échelle pertinente de gouvernance, en prise avec la réalité des populations et des ressources, pouvait être l’échelle du bassin d’eau.

Au-delà des questions de temporalité, l’enjeu est donc également géographique ?

JLC – Le monde est à la fois plus local et plus global. Et renoncer à cette globalité est impossible. Prenons l’exemple de l’économie française durant les Trente Glorieuses, avec ses ingénieurs de très haut niveau, mais qui vivait pour elle-même. Nous produisions pour la France dans une sorte “d’autarcie”. Aujourd’hui toutes les idées, les brevets, transitent partout à travers le monde et sont en concurrence.

Il faut tirer le meilleur de cette échelle globale et trouver la vraie alliance entre les dimensions locales et globales. Si je regarde SUEZ, nos métiers sont profondément locaux. En revanche le savoir qui les guide et l’expérience sont globaux. L’une des missions que nous avons à accomplir est d’accompagner tous nos collaborateurs vers la conviction que le partage est source de création de valeur. Notre rôle est de “lier les locaux”, leur permettre d’échanger et de partager leurs expertises et leurs expériences pour individuellement et collectivement progresser plus vite. C’est un changement profond dans la mentalité d’un groupe comme SUEZ. Il faut passer à une organisation plus matricielle et coopérative dans laquelle chacun accepte de dialoguer avec ses pairs non seulement en termes de finance mais aussi et surtout sur les questions techniques, de ressources humaines, de relations avec les parties prenantes… Si chaque géographie est locale, la matrice des enjeux et des solutions doit être la même partout, avec des niveaux d’intensités spécifiques. J’ajoute que la technologie, les savoir-faire, les évolutions de nos propres clients, tout nous amène à penser à ces deux niveaux.

MB – La géographie est en effet au cœur de la métamorphose que nous vivons. Pour revenir à l’analogie avec la Renaissance, là aussi il était question de bouleversements géographiques. C’était le temps des découvertes de nouveaux territoires dans une logique d’expansion qui induisait l’idée de ressources infinies. Aujourd’hui, nous vivons le mouvement inverse. Nous avons une appréhension matérielle de la finitude du monde depuis la première photographie prise depuis la Lune, le “lever de Terre”, nous montrant l’entièreté de la biosphère. Cette finitude se complète avec l’avènement des réseaux internet qui lient toute la planète. Nous intégrons que la Terre est “finie” et que nous sommes tous interconnectés.

C’est une chance de pouvoir percevoir cette vue d’ensemble qui était auparavant réservée à quelques astronautes, lesquels d’ailleurs avaient le “mal de Terre” en rentrant. De la même manière, depuis que nous nous sentons connectés de Paris à Rio, de New-York à Bangalore ou de Jakarta à Sydney, nous avons une perception différente du monde. Cette perception nouvelle nous transforme et transforme le monde dans lequel nous vivons. C’est l’overview effect de notre temps.

JLC – Je partage tout à fait cette analyse. L’appréhension d’un monde global, fini, aux ressources limitées transforme profondément nos sociétés et les aspirations des populations. Avec un défi qui nous est posé : alors que durant plus d’un siècle dominait l’idée que la génération à venir vivrait mieux que la précédente, il faut aujourd’hui acter que la génération à venir vivra très différemment. C’est ce “très différemment” que nous devons organiser pour faire en sorte qu’il soit positif.

MB – A côté des potentialités extraordinaires de la modernité, notre génération doit redécouvrir aussi un certain nombre d’évidences. Les Trente glorieuses sont passées par là mais resteront une exception. Le mode de vie de cette époque n’existera plus. L’intelligence artificielle va nous obliger à repenser la relation aux machines, à l’emploi, aux richesses tout en nous faisant revenir à ce que l’on connaissait auparavant, à savoir être auto-entrepreneur de notre propre vie. Ce que du reste les populations ont connu de tout temps. C’est donc à la fois une redécouverte, et une découverte avec la puissance du numérique, qui est une disruption aussi forte que l’imprimerie en son temps.

“Si je regarde SUEZ, nos métiers sont profondément locaux. En revanche, le savoir qui les guide et l’expérience sont globaux.” – Jean-Louis Chaussade.

Dans le domaine de la ressource, quels exemples déjà à l’œuvre permettent de tracer de nouvelles perspectives ?

JLC – Les métiers que nous faisons sont en totale évolution. Par exemple, concernant l’eau nous intervenons dans la prévention des épisodes pluvieux violents, le smart, la gestion en temps réel des réseaux, la réutilisation des eaux résiduaires pour l’agriculture, les nouvelles technologies permettant de produire de l’eau potable à partir de l’eau de mer… Ces systèmes sont des avancées technologiques fortes qui ont des impacts positifs pour les générations actuelles et futures.

Sur la question des ressources alternatives on sait que les ressources secondaires consomment moins d’énergie et devraient donc être privilégiées. Sauf que lorsque l’énergie traditionnelle, notamment carbonée comme le pétrole, baisse pour atteindre ses cours actuels, alors les filières alternatives sont en péril si l’on ne prend pas des mesures pour les soutenir. Il faut créer les conditions du développement de ces filières. Je suis frappé de voir que la loi de transition énergétique en France ou les travaux de la Commission Européenne sur le paquet économie circulaire traitent toujours la problématique de l’offre de matières premières secondaires mais jamais sa demande. On considère que le marché est de nature à faire croître cette demande. Sauf que le marché ne gère pas la demande, il oriente la demande vers ce qui est le moins cher. Sans choix politiques forts, rien ne sera possible. Et je ne crois pas que ces choix puissent se faire au niveau d’un pays mais plutôt au sein de grandes zones économiques comme l’Europe. De ce point de vue nous n’avançons pas assez vite alors que nous savons que nous entrons dans l’inconnu s’agissant de l’urgence climatique.

MB – Effectivement, et pour revenir sur les scénarios prédictifs qui évoquent l’échéance de 2030, il faut bien noter que, depuis le 1er juillet 2015, nous sommes plus proches de 2030 que de l’an 2000.

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Jean-Louis Chaussade, vous dirigez une entreprise créée il y a 150 ans. Quelle incidence peut avoir cet héritage dans les décisions que vous prenez au quotidien et pour l’avenir ?

JLC – Nous sommes très fiers de la richesse de ce passé, de notre histoire. Le Canal de Suez est un ouvrage exceptionnel qui a rapproché de manière incroyable l’Orient et l’Occident. C’est une aventure humaine, industrielle, financière qui nous inspire et qui nous guide. Mais notre histoire c’est également d’avoir accompagné les révolutions industrielles et hygiénistes. D’avoir contribué au développement des sociétés que nous connaissons aujourd’hui. D’avoir fait progresser la santé publique. D’avoir accompagné le développement des territoires et des industries.

Notre capacité à évoluer durant ces 150 ans de manière positive nous donne à croire que nous serons capables de le faire avec autant de succès dans les années à venir.

Mais une fois que l’on a dit cela, il ne faut pas s’endormir. C’est pourquoi nous avons réorienté nos métiers dans une perspective de gestion et de valorisation des ressources au sens large. Avec comme ambition d’occuper une place de leader de cette nouvelle économie de la ressource, laquelle sera intrinsèquement circulaire.

Mathieu Baudin, vous avez la particularité d’être à la fois historien et prospectiviste. Comment s’organise le rapport entre passé et avenir dans vos analyses ?

MB – Historien et prospectiviste sont le même métier sauf que l’on ne regarde pas dans la même direction. Les deux disciplines sont là pour éclairer le présent. La prospective est un prétexte pédagogique à parler d’ici et maintenant à la faveur de ce qui pourrait advenir demain. Car il y a un enjeu majeur à réenchanter l’avenir, à raconter des histoires positives pour demain afin d’amener les individus à se projeter. Il faut donner à voir les initiatives positives qui existent, en projetant leur mise à l’échelle globale. Il s’agit de proposer une réalité augmentée de ce qui pourrait être de mieux. Et dans ce demain, je suis convaincu qu’il y a autant de place pour Elon Musk, entrepreneur visionnaire qui veut partir à la conquête de Mars, que pour Pierre Rabhi, agroécologiste philosophe, qui invite à redécouvrir la terre en conscience.

JLC – Cet optimisme est essentiel et il ouvre des voies. Un avenir positif sera fait d’un mélange d’optimisme et de réalisme. Lorsque l’on dirige une entreprise comme SUEZ, il faut rester performant sur le temps court tout en mettant en œuvre les orientations qui permettront à l’entreprise de réussir dans le futur que vous imaginez dans 10 ou 15 ans. Cette combinaison est probablement l’un des exercices les plus difficiles dans cette période de mutation. Mais elle est également source d’opportunités nouvelles et il faut donc relever ce défi avec un grand enthousiasme.

 

À propos de Mathieu Baudin 

Historien et prospectiviste de formation, Mathieu Baudin est co-fondateur et directeur de l’Institut des Futurs souhaitables (IFs), une école de la réinvention dont la vocation est de réhabiliter le temps long dans les décisions présentes et d’inspirer le débat public de futurs souhaitables. Entouré d’une équipe d’une centaine d’experts et d’artistes, il organise et anime des explorations intellectuelles ou Lab Sessions pour mieux se repérer et se projeter dans le monde de demain.

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